La Chine
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Mon premier séjour en Chine en 1995-1996 a
duré plus de 9 mois. J’ai été envoyé là-bas par Alcatel Bell (Anvers)
afin d’installer des centrales téléphoniques. Après quelques jours à
Shanghai, j’ai regagné ma base à Fuzhou. Fuzhou est la capitale du
Fujian, ville côtière d’environ 6 millions d’habitants fourmillant dans
les rues, de jour comme de nuit. Mon collègue le plus proche étant situé
à plus de 1000 km, toutes les taches de coordinations et de contacts
avec le client m’incombaient, y compris la gestion d’une petite équipe
de deux Chinois ce qui était assez compliqué vu les différences
culturelles. Le chinois étant une langue difficile, les contacts avec
mes collègues se faisaient en anglais et souvent par gestes avec
les locaux.
Fuzhou a longtemps été une zone
difficile vu la proximité avec Taiwan et les tensions politiques entre
l’île et le continent. Il y avait pas mal de contraintes, comme par
exemple
l’absence de connections directes avec l’île, freinant le développement
économique de la ville. Bien qu’il n’y ait environ que 300 km à vol
d’oiseau entre Fuzhou et Taipei, Hongkong était une étape obligatoire. Les
entreprises à caractère international préfèrent dés lors s’implanter dans
les grandes villes comme Shanghai ou Beijing.
Je me
souviens qu’en début 1996, les Chinois avaient fait monter la pression sur
Taiwan en effectuant des tests de tirs de missiles en direction de l'île
et en déployant 400.000 soldats autour de Fuzhou. Les Américains avaient,
de leur côté, réagi en envoyant deux porte-avions afin d’accroître leur
présence dans le secteur. L’armée Chinoise fermait sans prévenir
l’aéroport, incommodant beaucoup les entrepreneurs et quelques expatriés
présents dans la ville. Lorsque les vols étaient permis durant le conflit,
nous devions fermer les hublots, les hôtesses s’empressaient de remettre
les récalcitrants et curieux
(comme
moi) à l’ordre. On pouvait parfois voir les troupes défiler dans la ville,
mais les seules tensions venaient uniquement du manque d’informations sur
le conflit. En effet, il était impossible de se procurer des magazines en
anglais à Fuzhou.
Vu les
contraintes de ma mission sur place et comme je n’avais pas encore à ce
moment-là
l’esprit aventurier, ce premier séjour ne m’a pas laissé
beaucoup d’opportunités ni même réellement donné l’envie de visiter ce
vaste pays. Bien dommage, me direz-vous !
Ce n’est que
des années plus tard, en fin 2000 pour être précis, que je suis reparti.
En effet, le hasard de la vie faisant œuvre, j’avais rencontré une
personne qui porte la Chine dans son cœur, me donnant envie de retourner
dans ces contrées lointaines et de prendre le temps de les découvrir à mon
rythme et à ma façon. Pas moins de deux séjours pour un total de cinq
semaines entre fin septembre 2000 et début janvier 2001 se sont succédés.
Ces deux
séjours m’ont permis de visiter des grandes villes. Beijing, la capitale,
avec ses vieux quartiers (les hutongs),
la grandiose cité interdite, le
vaste et reposant palais d’été, l’historique place Tiananmen, son opéra et
l’imposante muraille de Chine. Xian, avec son quartier Musulman et ses
pâtisseries devant lesquels je m’arrêtais souvent, sa muraille presque
intacte et l’armée en terre cuite de l’empereur Qin, découverte par
hasard par des paysans il y a environ 30 ans. Harbin est à une nuit de train
au nord de Beijing. Fameuse pour son festival de sculptures de glace par –20°C.
On pouvait
y voir entre autre, des miniatures de l’arc de triomphe, des pyramides
égyptiennes illuminées de toutes les
couleurs la nuit. Xiamen, petite ville portuaire et l’île de Gulang où
les voitures sont interdites. Finalement, je ne peux m’empêcher de parler
de Hong Kong. A chaque passage par Hong Kong, je suis resté rêveur de
nombreuses heures ou plutôt hypnotisé à contempler le Tsimshatsui, la
fresque lumineuse que forment les buildings éclairés de l’île.
Entre Noël et
le nouvel an 2000 à Xiamen, j’ai retrouvé mon pote Kevin et sa copine
Ikuko, rencontrés quelques années plutôt à Fuzhou. Nous avons parcouru la
ville de long en large à vélo et mangé comme des ogres, des plats chinois pimentés
et en particulier ceux du Sichuan. Ceux-ci étaient
tellement pimentés que nous avions élaboré une recette qui selon nous
devrait à coup sûr faire un malheur dans ces régions : les piments aux
piments ! Après avoir passé le nouvel an en compagnie des charmantes amies
japonaises d’Ikuko, ma dernière journée à été consacrée à la dégustation
de thé, véritable cérémonie, dans les échoppes de la ville.
Assez parlé des
grandes villes. La vie y est toujours agitée de jour comme de nuit,
véritables fourmilières humaines où la circulation est une cacophonie de
moteurs et de klaxons. Il y a bien évidemment beaucoup de choses à y voir
et à y faire mais l’expérience reste assez stérile. Pour moi, la réelle
aventure commence en dehors des grands centres touristiques.
Il y avait
également le Yunnan, province au sud-ouest du pays, au climat doux toute
l’année. Province partageant ses frontières avec le Myanmar, le Laos et le Vietnam.
Cette province que j’ai beaucoup aimée et dont je garde encore beaucoup de
souvenirs, est l'une des plus variées géographiquement. On y trouve aussi de
nombreuses minorités ethniques. Sa capitale, Kunming, où il fait bon se
balader en vélo, a été le point de départ d'un périple qui m’amena à Dali,
Lijiang et Zhongdian.
Dali est une
petite ville au bord d’un lac, entourée d’une muraille. La petite auberge
où
je suis resté loger était d’un style tropical. Une petite cour à
l’entrée était envahie par la végétation. Malheureusement, il a plu durant mon court séjour à Dali. Je me souviens de la visite d’un marché
sur l’autre rive du lac, juste avant de partir pour Lijiang. La traversée
en bateau m’avait presque rendu malade tellement il faisait mauvais et que
le vent était fort. Heureusement, le mauvais temps s’est subitement arrêté
une fois arrivé. Le marché grouillait de monde. On y vendait poules et cochons, fruits et légumes ou vêtements.
Contrastant avec cette agitation, un gros cochon se baladait
tranquillement à travers la place et dégustait à son aise les divers
déchets.
La vieille
ville de Lijiang est vraiment à part. Toute en pierre et toits de tuiles,
ses étroites ruelles sont des endroits où l’on se perd facilement. Un
cours d’eau traverse imperturbablement Lijiang à toute allure. Les
habitants l’utilisent pour faire leur vaisselle ou se brosser les dents.
Le plus intéressant fut une longue randonnée à vélo qui m’emmena dans la
campagne à travers des petits villages ou à la rencontre de paysans au
travail. Anecdote amusante, l’endroit où j’avais acheté mon ticket de bus
pour
Zhongdian s’appelait « Luxury Lijiang
Bus Terminal ». Rien à voir avec un terminal de bus luxueux car il n’y
avait qu’un vieux bureau au fond d’un garage…
A Zhongdian, quelques jeunes
aménageaient un vieux camion avec des bancs à l’arrière et une bâche pour
recouvrir le tout. Leur objectif était de regagner le Tibet et sa capitale
Lhassa par les montagnes. Au premier abord, cela m’avait fait pitié en
pensant à la poussière et le froid glacial de la longue route précaire à
parcourir. En fait, une fois partis le lendemain, ces jeunes m’avaient
laissé rêveur, me donnant des idées pour un prochain séjour.
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