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Los Lipez, Bolivie

San Pedro - Los Lipez - Titicaca - Huaraz 

 

     Après trois jours à San Pedro et exactement 2 mois au Chili, il était temps pour moi de passer la frontière Bolivienne et de partir à la découverte de l’Altiplano.

     L’Altiplano est comme son nom l’indique un immense plateau dont l’altitude oscille autour des 4.000m, allant du sud de La Paz au–delà des frontières avec l’Argentine et le Chili. C’est une région sauvage, peu peuplée, aux distances interminables, émanant un sens de la solitude indéniable. Cette région est très riche en minerais (cuivre, argent, plomb, zinc, sel, souffre, magnésium et autres trésors) donnant à chaque plaine et montagne ses couleurs. Les Campesinos habitant la région sont mineurs, fermiers ou gardiens de troupeaux. Ils sont peu nombreux et beaucoup vivent à la limite de l’endurance humaine. Ils se contentent du vent, des sécheresses, du froid extrême, de l'altitude élevée et vivent dans des conditions précaires avec souvent peu de confort pour leur rendre la vie plus facile. Ces gens peinent sans relâche afin d’extirper une existence et méritent certainement beaucoup de respect pour leurs accomplissements.

     Le moyen le plus intéressant de se rendre du Chili en Bolivie est sans doute en 4x4. De nombreuses agences spécialisées offrent la traversée en 3 jours de San Pedro au Chili à Uyuni en Bolivie (par groupe de 7 maximum, plus chauffeur). Il n’y a pas de route, seulement des pistes formées par le passage des jeeps et quelques bus.

     Notre chauffeur Niko était Bolivien. Il a pris toutes les tâches en main. En plus d’être chauffeur et cuisinier, il était aussi mécanicien. Ce qui est bien pratique quand on ne croise qu'un à deux véhicules par jour et qu’on ne peut donc compter que sur soi-même. La deuxième journée, le carburateur était bouché, le moteur s’arrêtait régulièrement. Niko l’a simplement démonté et décrassé sur place, au beau milieu d’une plaine de cailloux coincée entre montagnes et volcans. Le dernier jour, une lame d’un amortisseur s’était cassée. Pas de problème, en moins d’une demi heure, c’était réparé !

     Durant les 3 jours, le paysage va défiler sur environ 360 km. A ces altitudes, l’air est tellement pur que l’on voit à plus de 150 km. Ici, chaque vallée et lagune apporte ses couleurs en fonction des minerais contenus dans le sol. On verra tour à tour la Laguna Blanca (blanche), Laguna Verde (verte) et la Laguna Colorada (rouge vif). La couleur de cette dernière est due à des algues et planctons. Il y avait aussi des roches, blocs aux formes étranges taillés par le vent.

    Le premier jour, après avoir quitté San Pedro et longé le majestueux volcan Licancabour, le poste douanier bolivien nous attendait derrière la passe Jama. Ce poste de douane est une petite baraque isolée, entouré d’une carcasse de bus et de détritus laissés au gré des passages. L’arrêt n’y fut pas long, juste le temps d’un contrôle sommaire des passeports. Après la Laguna Blanca où nous avons déjeuné et la Laguna Verde, nous nous arrêtâmes au Salar de Chalviri, un grand lac salin. Juste à côté de celui-ci, les thermes des Chalviri (las termas de Chalviri). Leur température de 28-30°C est suffisante pour se réchauffer à cette altitude. Nous passâmes la nuit à la Laguna Colorada à une altitude de 4500m. La nuit fut très froide (-20°C°) et difficile. C’était pour moi le premier jour à cette altitude accompagné par un gros mal de tête. Je me réveillais régulièrement suffocant à cause du manque d’oxygène. Cela fait drôle de se réveiller et de prendre sa respiration comme lorsque l’on remonte à la surface après un long moment passé sous l’eau...

     Le jour suivant, nous avalâmes des kilomètres et les paysages défilaient sans aucune monotonie. Certaines vallées connues sous le nom de Valles de las Rocas sont formées de roches bizarrement érodées. Nous passâmes la nuit à Alota, petit village désolé, formé de quelques rues et maisons en adobe (grosse brique, mélange de boue et de paille en  que l’on laisse sécher au soleil).

     Les logements de base ou campamento, où nous avons logé à la Lagua Colorada et Alota,  sont très sommaires! Il n’y a rien d’autre. Un sac de couchage est nécessaire et les repas sont organisés par les voyageurs. Nous avions emporté un réchaud à gaz et Niko s’occupait de la cuisine. Pas d’éclairage non plus, seulement quelques ampoules alimentées par un groupe électrogène. Les sanitaires étaient précaires, un lavabo et de l'eau froide pour se débarbouiller.

     Le dernier jour nous amena directement à Uyuni. Normalement, le périple aurait dû nous emmener au travers du Salar d’Uyuni via la Isla de Pescadores, mais cette année-là, celui-ci était inondé à cause de fortes pluies. Quelques centimètres d’eau recouvraient l’immensité des 12.000 km² du Salar, formant un immense miroir où ciel et terre se rejoignaient à l’horizon. Nous ne pûmes voir le blanc infini des cartes postales du Salar, mais l’effet de miroir formé par le film d’eau était unique, irréel. Le Salar est tellement grand, qu’il faut bien préparer sa visite ou bien prendre un guide. Il n’y a pas de pistes et on perd facilement le sens de l’orientation dans cette étendue sans relief, le danger étant de tourner en rond et de ne pas s’en rendre compte. Nous visitâmes seulement l’hôtel Playa Blanca situé au milieu du Salar et entièrement construit en blocs de sel durs comme de la pierre. Les tables et chaises du restaurant sont sculptées dans le sel. En chemin, nous avons pu observer les locaux former des pyramides avec le sel afin que celui-ci sèche pour ensuite le charger dans leurs camions. En saison sèche, ils cassent la croûte épaisse de sel pour en faire des blocs plus faciles à transporter. Le Salar contiendrait au moins 10 milliards de tonnes de sel. Les seuls exploitants de cet or blanc sont des locaux, les campesinos de Colchani. Bien que desservie par un chemin de fer, cette région du sud de la Bolivie reste extrêmement difficile d’accès. Ce qui rend toute exploitation industrielle impossible. Seul le tourisme d’aventure y connaît une percée relative.

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